La quête de sens au travail : et si trouver du sens dans les “bullshit jobs” était possible ?

Par Solenne le 2 mai 2019

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Toutes nos excuses pour ce titre quelque peu racoleur ! En effet, la question du sens fait tellement l’actualité des échanges dans le monde du travail, qu'elle semble quelque peu opportuniste… Mais si l’on parle beaucoup de “bullshit jobs”, doit-on pour autant y voir nécessairement une fatalité où il n’y aurait aucun levier possible ? Etre cadre et devant un ordinateur toute la journée signifie-t-il qu’il est impossible de trouver une raison d’être à son métier ? Dans cet article, l'heure est au bilan, bilan qui se veut volontairement optimiste...

Vous avez dit "bullshit jobs" ? 

Rendons à César ce qui appartient à César. David Graeber, anthropologue et anarchiste américain, a dessiné les lignes de ce concept, il y a maintenant quelques années. D’abord exprimé dans un essai puis largement approfondi dans son livre, son ouvrage est devenu un best-seller et fait office de référence pour quiconque cherche à travailler sur la notion de sens au travail. 

Source: David Graeber, Bullshit Jobs, Editions Les liens qui libèrent

Le bullshit job « c’est un boulot si inutile, absurde, voire néfaste, que même le salarié ne peut en justifier l’existence, bien que le ‘contrat’ avec son employeur l’oblige à prétendre qu’il existe une utilité à son travail. »

 

Finance, RH, communication… de nombreux secteurs et fonctions en prennent pour leur grade. Mais alors, comment reprendre le dessus ? Loin d’une fatalité, et si la quête de sens revêtait plutôt d’une affaire personnelle ?

 

La perte de sens au travail, qui est concerné ? 

Le sens au travail n’en finit plus de faire la une des journaux et des sondages. Et Graeber lui-même semble avoir été surpris de l’ampleur du phénomène. Au départ discrète critique des métiers de la finance, le constat est alors sans appel : beaucoup de salariés se sentent concernés et se retrouvent dans un portrait de gens perdus, qui ne savent plus très bien en quoi ils sont utiles et n’arrivent plus vraiment à mener un travail concret, en phase notamment avec leurs valeurs. Un phénomène que l’on retrouve particulièrement chez les cadres, plus à même de travailler sur des projets immatériels et donc moins visibles... 

Mais de quel sens parlons-nous quand il s'agit du monde du travail ?

La notion de sens est finalement assez large et renvoie à des champs d’application variés. Il s’agit en fait d’une problématique personnelle : certains chercheront à créer du sens d’un point de vue social, économique, environnemental… quand d’autres auront besoin de se réaliser dans des objets matériels, artisanaux.

En revanche, il y a un point commun : l’envie d’avoir un emploi utile, qui contribue à une cause, peu importe laquelle, pour mettre du concret dans son métier et dans ses fonctions. Rien d’autre que savoir à quoi l’on sert finalement. 

 

Source : Etude Observatoire sur le sens, Wellcom / ViaVoice, 2018

 

Miroir mon beau miroir. 

Apprendre à se détacher pour pouvoir prendre du recul sur une situation donnée, oser regarder son métier en face. Et si le travail n’était pas une fin en soi ? Graeber en parle dans son livre et s’il dénonce la société rien n’empêche à l’individu de reprendre le pouvoir sur sa destinée professionnelle. C’est d’ailleurs de ce constat qu’est né Switch collective : une méthode pour apprendre à faire le bilan et pouvoir ensuite enclencher un nouveau cycle professionnel, plus en adéquation avec sa personne. 

C'est aussi l'idée qui se cache derrière la web-série "La Gueule de l'emploi" de Welcome to the Jungle : les choix professionnels se font selon le parcours de chacun. Là où un cadre trouvera du sens, un autre aura du mal à se projeter. Ce qui compte ? Se raconter une histoire qui est en phase avec ses envies, pour assumer pleinement ses décisions et l'orientation de sa carrière.

L’âge du faire.

Pour retrouver du sens, à l’image de L’éloge du carburateur, pourquoi ne pas remettre du travail manuel dans nos process tout simplement ? Plutôt que d’ovationner les cadres et les managers, l’idée est de revenir à la première définition du mot “travail”. De la labeur (on dit d’ailleurs “labour” en anglais), ce concept renvoie avant tout à l’action et au faire. 

En permettant aux employés de voir sous leurs propres yeux le fruit de leur travail, ils peuvent alors trouver du sens. C'est d'ailleurs l'idée derrière les "Lego Serious Play" : laisser agir ses mains sans se poser de questions et retrouver le plaisir de construire, d'imaginer et de rendre concrètes ses réflexions.

 

Source : Matthew B. Crawford, L'élode du carburateur, Editions La Découverte


D’où l’intérêt de voir émerger des nouvelles formes d’organisation dans les entreprises. Celles-ci encouragent à la prise d’initiatives, favorisent les échanges entre les expertises pour repenser les modèles et laisser plus de place à la proposition. 

Une façon maline de concrétiser le rôle de cadres qui ne sont plus vraiment dans un travail manuel, plus tangible et valorisant à court terme.

La fin du présentéisme ? 

Dans cette veine, certaines compagnies cherchent également à repenser la notion de présence en entreprise. Plutôt que d’exiger que ses salariés soient présents sur des horaires fixes, pourquoi ne pas laisser une part de liberté dans l’organisation de ses journées de travail ? En favorisant l’autonomie de ses cadres, certaines entreprises font le pari d’un investissement plus maîtrisé dans les tâches professionnelles. 

Bien sûr, il s’agit de veiller à leur bon fonctionnement - ce qui n’est pas toujours chose aisée - mais proposer de nouvelles méthodes managériales pour encourager la responsabilité de chacun peut être une manière de remettre du sens dans son quotidien.

Se sentir soutenu.

Valoriser les erreurs, les échecs, être présent, toujours bienveillant. Ce sont bien-sûr des mots à la mode, pourtant leurs effets sur la motivation sont bien .

Neuf personnes sur dix sont prêtes à gagner moins en échange d’un travail plus gratifiant

Un salarié soutenu trouve en effet plus de sens dans son travail. Parce qu’il cherche de la reconnaissance, il a besoin de sentir qu’il est toujours encouragé et qu’il permet de faire avancer l’entreprise et qu’il répond aux exigences qu’il a pu lui même se fixer.

Donner du sens pour l’entreprise. 

En partageant la vision de l’entreprise, il est possible de fédérer les équipes derrière un objectif commun : plus un salarié connaît les objectifs, le cap fixé par son employeur, plus il pourra s’investir et y croire. Car parfois, s’il est difficile de voir le sens de son travail à titre individuel, le levier collectif peut être plus positif et moteur. 

Laisser de la place pour le partage d’expérience, l’apprentissage. 

Etre garant d’une expertise, avoir envie de transmettre son expérience… le sens peut se trouver dans des tâches que l’on pourrait qualifier d’annexes. Pourtant, dès lors que vous mettez un salarié en posture de sachant il est alors plus facile de se dessiner un rôle dans la transmission. 

Les entreprises l’ont bien compris et favorisent de plus en plus le partage d’expérience et les formations dispensées en interne. Une belle façon de non seulement tirer le meilleur de ses équipes mais aussi de fédérer et d’encourager les relations entre expertises, entre services.

 

Plutôt que de penser qu'il ne peut y avoir de sens dans le travail des cadres, les employeurs semblent aujourd'hui revoir leurs copies. Pour permettre plus de liberté, d'autonomie et pouvoir dessiner les contours de sa propre contribution en tant que salarié. Pour se projeter plus sereinement dans un avenir.

 

 

 

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